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Olivia Ruiz est de retour ! Ce nouveau disque, son quatrième, est son disque. Celui qu’elle a pensé, celui qu’elle a rêvé, celui sur lequel elle a travaillé, seule dans l’écriture et la composition, tout au long de ces derniers mois alternant les hauts et les bas, le jour et la nuit, le noir, le blanc et les couleurs, l’alternatif comme le continu. Entre le calme et les tempêtes. « Le calme et la tempête », une évidence donc. Entre profondeur des mots et profondeur des sons, jamais elle n’avait donné cette impression de puiser si loin en elle pour trouver la source de ses chansons. C’est entre Paris et Los Angeles qu’elle s’est posée pour co-réaliser le tout aux côtés de Tony Berg (ex-directeur artistique Geffen Records). Un son nouveau naît de cette rencontre entre deux continents, deux générations, deux cultures. A découvrir dans "Le calme et la tempête".

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 Jean-Pierre Chabrol, écrivain.....

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jacommos
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MessageSujet: Jean-Pierre Chabrol, écrivain.....   Sam 24 Avr - 16:44

http://www.jeanpierrechabrol.fr/biographie.php

Jean-Pierre Chabrol


Quelques réflexions sur la vie et sur l'œuvre de Jean-Pierre Chabrol

Ce texte, forcément très court dans le cadre d'un site Internet, comporte des choix délibérés, dans la mesure où il fallait bien choisir…
Il insiste sur l'œuvre romanesque et sur sa genèse, parce qu'il nous semble urgent d'œuvrer pour sa diffusion et pour son enseignement, aussi bien pour la qualité de l'écriture que pour le caractère d'actualité des plus grands romans.
Il est émaillé de citations propres à susciter, selon nous, un grand appétit de lecture et à donner à voir aux générations à venir.
Les autres aspects de l'œuvre (journalisme, théâtre, cinéma) seront plus longuement évoqués dans d'autres pages de notre site, appelé à s'enrichir de façon permanente.



Plus connu du grand public pour ses spectacles sur scène et pour sa carrière de conteur, à la radio et à la télévision, héritier de la tradition orale cévenole, Jean-Pierre Chabrol est aussi un romancier qui a publié près d'une quarantaine d'ouvrages, parmi lesquels une vingtaine de romans et trois recueils de contes et de nouvelles.

Une enfance heureuse
Né en 1925 dans un petit village des Cévennes, à Chamborigaud (Gard), au pied du mont Lozère et de la montagne du Bougès, de parents instituteurs, il est le descendant d'une longue lignée de chevriers. Sa famille possède toujours, à Pont-de-Rastel, un petit hameau de Génolhac, la ferme de ses ancêtres, le Gravas, construite de 1310 à 1325 et qui se trouve au centre d'une grande partie de son œuvre romanesque, sous son nom véritable ou sous des noms romancés (" La Gronde " dans la série des Rebelles).
Fils unique, il connaît une enfance heureuse, auprès de ses parents ou, lorsque ceux-ci sont nommés à Alès, auprès de sa grand-mère paternelle, personnage haut en couleur qui revient souvent dans son œuvre. Il effectue toute sa scolarité primaire et scolaire à Alès, capitale du bassin minier des Cévennes. Il raconte volontiers qu'il ne travaillait que dans les matières qui lui convenaient. Il rêvait de devenir dessinateur. Ses professeurs de français lui reprochaient souvent de sortir du sujet pour en raconter toujours davantage.

La deuxième guerre mondiale et la prise de conscience sociale et politique.
Il passe son bac en 1942, en pleine période de guerre, puis il est admis en khagne (classe préparatoire de lettres) à Paris. Lors de ses retours en Cévennes, il entre en contact avec des résistants, leur sert de plus en plus souvent d'agent de liaison. Menacé d'arrestation par la Gestapo (police politique allemande), il décide de prendre le maquis avec un camarade de classe. Mal renseigné sur la situation du maquis gaulliste qu'il souhaite rejoindre, il tombe par erreur sur un maquis FTP (Francs Tireurs et Partisans), proche du Parti Communiste.
Ce hasard infléchit profondément son destin. Le maquis du Bougès est très cosmopolite. C'est dû pour l'essentiel à la proximité des mines qui ont attiré une main d'œuvre venue de nombreux pays (Espagne, Italie, Pologne, Tchécoslovaquie, Algérie...). À ces mineurs s'ajoutent des réfugiés fuyant les dictatures qui s'installent en Europe : fascisme italien, franquisme espagnol, nazisme allemand.
De ces rencontres, Chabrol conserve un grand esprit internationaliste, ainsi qu'une attirance marquée pour le monde ouvrier, pour les milieux modestes, qui lui fournissent de nombreux personnages de ses romans.
C'est aussi dans le maquis qu'il prend conscience de son hérédité cévenole. Les Cévennes, sous influence protestante, ont en effet été profondément marquées par les guerres de religion, et singulièrement, après la révocation de l'édit de Nantes, par la terrible guerre des Camisards, de 1702 à 1711 qui fait du peuple cévenol un peuple de résistants.
Chabrol révèle cette prise de conscience dans la préface qu'il a écrite pour le livre d'Aimé Vielzeuf Et la Cévenne s'embrasa :
" Je me croyais Cévenol pur sang , mais seul le maquis m'a appris ma Cévenne. Tendre et violente Cévenne... Nous descendions de notre camp du Bougès par les mêmes sentiers que le grand Abraham Mazel quand il fondit sur le Pont-de-Monvert pour porter sur l'abbé du Chayla ces coups de lame étincelante qui firent du petit peuple évangélique la horde effroyable des vengeurs hallucinés. Je n'aurais jamais écrit Les Fous de Dieu si je n'avais pas crevé de froid sur le Bougès, couché le long d'un vieux mauser. "
L'œuvre de Chabrol se trouve donc marquée par une double influence : celle du mouvement ouvrier (ses sympathies hésitent longtemps entre le communisme et l'anarchisme et celle de son hérédité cévenole (il est athée mais se sent profondément lié au destin de ses ancêtres protestants).

L'immédiat " après-guerre ", la période militante et les débuts littéraires.
À la fin de la guerre, il est dans l'incapacité de reprendre ses études. Profondément marqué par les années qu'il vient de vivre, il éprouve beaucoup de difficultés, comme beaucoup de ses camarades, dans le retour à la légalité. Il évoquera cette période dans La chatte rouge, roman publié en 1963. Il milite au Parti Communiste, devient caricaturiste à L'Humanité, quotidien de ce parti. Ses camarades appréciant davantage sa façon d'écrire que sa façon de dessiner, il devient rapidement chef de l'information, ce qui lui confère un rôle important. Appointé par le journal, il tire donc ses revenus de son activité politique. Il n'hésite pourtant pas à renoncer à sa situation en 1956 lorsque les chars soviétiques envahissent la Hongrie : le parti communiste approuve cette invasion, il quitte aussitôt le parti communiste. Son goût de la liberté et celui de la contestation reprennent le dessus.
Ces années parisiennes lui ont permis de rencontrer de nombreux artistes et de nombreux écrivains (voir par ailleurs sur le site). C'est Aragon, qui après avoir entendu de Jean-Pierre Chabrol le récit de La dernière cartouche, qui se déroule pendant la guerre d'Indochine, l'incite à le publier (Éditeurs Français Réunis, 1953).
Mis en " selle " par ce premier roman, il continue d'écrire. En 1955 il publie, chez Amiot-Dumont, le Bout-Galeux, qui se déroule dans un quartier pauvre de Paris. Il obtient le " Prix populiste ". Il entre alors chez Gallimard, avec Fleur d'épine, qui se déroule en Corse (la première épouse de Chabrol est corse). Un homme de trop, publié en 1958, lui permet d'évoquer ses souvenirs de résistant. C'est un roman autobiographique, dans lequel Chabrol reconnaît cependant avoir été profondément marqué par le personnage de Lennie, de l'écrivain américain John Steinbeck (Des souris et des hommes.)

Les années soixante et le temps des grands romans cévenols
En 1961 (puisqu'il n'est pas question ici de citer tous les titres), il publie Les Fous de Dieu que certains considèrent encore comme son plus grand roman. Chabrol y évoque, de façon romancée, la guerre des Camisards, dans le style reconstitué du début du XVIIIe siècle. Il a accumulé une énorme documentation historique, s'est livré à un intense travail littéraire, mais le livre suscite de nombreuses polémiques : il lui manque une voix pour obtenir le prix Goncourt.
La série des Rebelles (Les Rebelles, 1965 - La Gueuse, 1966 - l'Embellie 1968), initialement publiée chez Plon, est peut-être la plus significative de l'œuvre dans la mesure où on y trouve les deux " veines " de l'écriture de Chabrol. Les trois romans forment une large chronique de la Cévenne des années 30. Cette chronique est en même temps très autobiographique puisque l'écrivain s'y rencontre à la fois à l'âge adulte, à travers le personnage de Cherchemidi, tandis que le petit Jean Hur y représente Chabrol enfant.
Les grands événements politiques de l'époque (tentative de coup d'état du 6 février 1934, front populaire du printemps 1936) sont vécus tantôt en Cévenne, tantôt à Paris, mais les chapitres cévenols de la série sont de loin les plus originaux et les plus chaleureux. Dans la lignée des grands romanciers populaires du XIXe siècle (Hugo, Zola), qu'il admire beaucoup, Chabrol peint le monde du travail avec un grand réalisme, mais aussi avec un ton qui peut être lyrique ou épique, selon la situation. Il en est ainsi, par exemple, de la description des mineurs du " travers-banc ", de ceux qui travaillent dans les couches de silice et qui sont condamnés à plus ou moins brève échéance ; le travail de ces forçats évoque une danse macabre :

" Le délégué approchait déjà de l'infernal chantier : un tonnerre de marteaux piqueurs, de pics et de pelles ; deux Tchèques en pointe, des Polonais et quelques Arabes qui suivaient. Nus totalement, vêtus seulement d'une couche de fard blême, ils attaquaient le rocher avec acharnement, et s'enfonçaient dedans.
Ce n'étaient plus des mineurs, mais les spectres blafards d'un clair de lune macabre, dans une danse dont la fin connue n'était jamais l'aurore. Ces Tchèques, ces Polonais, ces Arabes, appartenaient à l'ordre redoutable des hommes qui sortent blancs des entrailles de la terre, l'ordre inquiétant des boulangers du charbon, ordre volontaire où l'on accepte de mourir d'un jour toutes les deux heures. (La Gueuse).
À l'opposé du monde " infernal " de la mine, le village, où vivent encore certains mineurs, apparaît comme un lieu beaucoup plus convivial, où, même si la vie est extrêmement rude, même si les affrontements politiques ou religieux restent fréquents, les anciennes valeurs communautaires sont sauvegardées :
" On retrouvait les mineurs par grappes autour d'un qui sarclait ses aubergines, d'un qui collait une rustine, d'un qui rattachait la treille de son perron, d'un qui remplaçait trois lauzes de son toit ; à deux pour étamer une casserole, à quatre pour tirer une cuve sous la gouttière, à six pour la pétanque sur la placette, au grand complet à cause de trois gouttes " sur le regain du Jaurès qui n'est toujours pas rentré... " (Les Rebelles)
Au-dessus de tout cela, la montagne semble veiller sur chacun et sur tous et perpétuer la vieille morale biblique. En s'élevant vers ses sommets, l'homme retrouve ses racines et sa pureté originelle :
" On était au-dessus de tout, ici, plus haut que le Bougès, plus haut que l'Aigoual, tout en haut du Lozère, le plus haut des trois géants de la Cévenne. On régnait même sur le troupeau des monstres de granit. On n'avait même plus chaud. L'eau nouveau-née vagissait partout sous les pieds, sous l'herbe rare et rase.
Le moindre souffle d'air prenait une importance originelle ". (Les Rebelles)
Dans ce pays resté parfaitement authentique, l'homme et la nature semblent se fondre dans une parfaite harmonie :
" Voilà, écrit encore Chabrol dans Les Rebelles, c'est ainsi dans la Cévenne ; pour comprendre, il faut avoir passé le doigt sur le grain de ces pierres ; après, tout ce qu'on touche n'a plus l'air vrai, alors on y revient toujours ; les yeux fermés, on trouve l'abri comme le troupeau sent la bergerie ; tout vient de la montagne, et tout y revient, notre toit, nos murs si bien faits pour être murs qu'ils se passent de ciment depuis des siècles, au point que nos mas, notre bien, semblent seulement continuer la montagne... "

Le désespoir des années soixante-dix
Tous ces romans des années soixante, écrits loin des Cévennes (Chabrol est pour quelques années en " froid " avec sa famille) et donc fortement empreints de nostalgie, sont encore plein d'espoir dans l'avenir de sa région. Le bassin minier lutte pour sa survie. Rien ne semble perdu. La fermeture progressive de tous les puits de mine conduit Chabrol au bord du désespoir, ou tout au moins du désespoir littéraire. Après un dernier grand livre sur le mouvement ouvrier, Le Canon fraternité, écrit en 1971, dont l'action se déroule cent ans plus tôt sous la commune de Paris, Chabrol écrit Le Crève-Cévenne où il époque la mort du vieux pays, à travers le vieillissement et la mort de ses habitants. C'est un cri de colère, dès le début du récit :
" C'est long de mourir. C'est insupportable, une langueur ! Y aurait de quoi se flinguer un bon coup. Surtout quand il ne s'agit pas que de sa propre mort, quand se mourir soi-même ne suffit plus, quand il faut bien, se mourant, mourir aussi son pays. Crever sa mort dans la mort de sa terre. On ne peut que rester le soir au coin de sa cheminée, quand on en a encore une, à regarder flamber les dernières bougnes des derniers mûriers. Mais il y a pire, mais il est des soirs, des nuits, l'hiver surtout, par des temps à ne pas mettre un assureur dehors, où personne ne passe, où personne ne vient s'accroupir dans l'autre coin, outre-flammes. Alors on se résout à sortir, à chercher un toit, un autre feu, un autre coin, un autre agonisant, un mourant veinard qui voit, lui guilleret, quelqu'un venir mourir avec lui dans la crève du vieux pays. "
Dans la Cévenne par ses gens (Arthaud 1976), il stigmatise les riches étrangers qui rachètent et qui restaurent les vieux mas cévenols, qui les entourent de clôtures et qui viennent regarder les vieux cévenols comme des Indiens dans leur réserve :
" Les Parisiens occupent les mas qu'ils ont acheté à des morts, les Belges et les Hollandais les ruines qu'ils ont cher payées aux marchands de biens. La Cévenne ressemble alors à n'importe quoi, elle est au goût du jour. […] Quant aux " aoûtiens " occasionnels, ils regardent les naturels comme les Indiens de la Réserve : non, vraiment, ils ne croyaient plus que ça existait encore, dans notre France d'aujourd'hui, la pécore à l'état brut... "


Le temps de la souffrance, du bilan et des concessions.
Les dernières années de sa vie ramènent de plus en plus souvent Chabrol en Cévennes et le conduisent à espacer ses séjours parisiens. Il commence aussi à ressentir les premiers signes de la longue maladie qui va, inexorablement, le ronger et l'emporter. Le geste se fait moins sûr et la voix superbe, celle qui vous prenait et ne vous lâchait plus, lui manque de plus en plus souvent. Un de ses derniers grands romans, Le bonheur du Manchot (Robert Laffont, 1993), écrit en hommage à son père, sonne aussi comme une confession : retour sur toute son existence, marqué par l'obsession de la longue période qui l'a tenu éloigné de sa famille et qui a profondément miné ses parents. La critique salue la qualité du roman, mais l'histoire divise les Cévenols proches de Jean-Pierre et de sa famille. L'écriture reste sa meilleure et sa plus sûre façon de vivre et de lutter contre les atteintes du temps. Il publie encore Les aveux du silence (1995), roman au fort contenu psychanalytique qui ne rencontre pas le succès escompté, La Banquise (1998), qui campe un beau personnage de femme cévenole, mère aimante et exclusive prise dans la tourmente de la seconde guerre mondiale et d'un amour démesuré pour son fils. Il rassemble enfin toute une série de textes et de nouvelles qui donnent naissance à deux recueils imposants, Les Mille et une veillées (Robert Laffont, 1997) et Colères en Cévenne (Robert Laffont, 2000).

Sa réconciliation avec le Parc National des Cévennes, dont il avait combattu la création, et avec les " néo-cévenols " qu'il avait si souvent fustigés, s'exprime en termes retentissants, en forme d'autocritique, dans un discours qu'il prononce lors de l'assemblée du Parc en mai 1997 :
" Moi, j'ai toujours dit qu'être cévenol n'est ni un métier, ni une excuse. Ceux qui viennent s'installer ici, et ils sont nombreux, ont à mon avis plus de mérite que ceux qui ne se sont donné que la peine de naître ici... l'important, c'est de savoir où on veut aller, ce qu'on apporte au pays, à ce pays qui a besoin des hommes. "

Poursuivi par l'obsession d'écrire une très longue histoire, une dernière grande fresque historique, une sorte de " livre bilan ", il s'attaque à l'écriture du Muet, confiant très souvent à ses proches : " Je mourrai sans doute en écrivant ce livre ". Pour le vieux lutteur, désormais à bout de forces et irrémédiablement confiné au Gravas, c'était sans doute la plus belle façon de mourir, sans avoir connu la retraite définitive qu'il redoutait tant. Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 2001, à 76 ans, il abandonne la lutte et s'éteint, en plein cœur des Cévennes, à l'hôpital de Ponteils, à quelques lieues du Gravas, au milieu de cette forêt de châtaigniers qu'il a si bien chantée.

Robert Caracchioli *

* Professeur de lettres modernes au collège d'Apt (Vaucluse) de 1966 à 2002, Robert Caracchioli a collaboré de façon étroite avec Jean-Pierre Chabrol, qui lui a par ailleurs dédié son dernier livre Colères en Cévennes (Robert Laffont, 2000).
Pendant plus de 10 ans, sous l'égide d'une quinzaine de professeurs de différentes disciplines, plusieurs centaines de collégiens et de lycéens se sont livrés à une étude approfondie de l'œuvre, ont reçu l'écrivain dans leur établissement, ont été invités à venir partager les veillées du Gravas et à parcourir, livres en mains, les lieux des romans. Deux productions, aujourd'hui épuisées, ont concrétisé ces travaux : un petit livre, L'écrivain dans la classe en chair et en os, préfacé par Jean-Pierre Chabrol (Éditions du Soleil bleu, 1993), et une cassette vidéo A la rencontre de la Cévenne de Chabrol (1995) plusieurs fois projetée en Cévennes ainsi qu'au premier colloque de la Régordane (Nîmes, 1995).
Robert Caracchioli a rédigé un mémoire de maîtrise intitulé : Espace cévenol, histoire et politique dans la série des Rebelles de Jean-Pierre Chabrol (Aix-en-Provence, 1991).

_________________
"Une voix entre velours et caresse, avec un soupçon de rauque et de vibrato." Jacques Testud.
"La voix de Nolwenn ? une élégance souveraine, de la soie, du velours." Patrice Demailly.

"Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n'est rien" Valery.
"Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti" Albert Camus.
"Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie." Jacques Prèvert.
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MessageSujet: Re: Jean-Pierre Chabrol, écrivain.....   Sam 24 Avr - 16:48

http://www.jeanpierrechabrol.fr/index.php


Jean-Pierre Chabrol
Jean-Pierre nous a quittés dans ses Cévennes, le 1er décembre 2001.
Né le 11 juin 1925 à Chamborigaud, en terre cévenole, de Silvain Chabrol et de Noëlle Alzas, instituteurs tous les deux, il avait fait ses études au lycée J.-B.-Dumas à Alès, puis au lycée Louis-le-Grand de Paris.

Il a exercé tour à tour les métiers de caricaturiste, illustrateur, sculpteur, journaliste, auteur, conteur, comédien, réalisateur, créateur et présentateur d'émissions de radio et de télévision.
C'était un homme à la fois libre et engagé, un résistant, un anar, de la souche de ces camisards, communards et maquisards qu'il a tant admirés.
C'est pour mieux faire connaître sa vie et son oeuvre que nous créons cette association et ce site.


<LI>Jean-Pierre au 'Bout Galeux', photos de Gérald Bloncourt </FONT>

</LI>

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MessageSujet: Re: Jean-Pierre Chabrol, écrivain.....   Sam 24 Avr - 17:19

Jean-Pierre Chabrol

Bande Dessinée :
Citation :
Le Barlafré

Conte :

Citation :
Titane et Bougrenette (album illustré par l\'auteu (ODEJ Presse 1966)
Ma déchirure (conte dramatique en seize tableaux) (Gallimard Paris 1968)
Les Contes d'outre-temps (Plon Paris 1969)
Contes à mi-voix (Grasset/France-Inter Paris 1985)

Dictionnaire :

Citation :
Le Petit Chabrol illustré (Les Presses du Languedoc Montpellier 1989)

Pièce de théatre :
<TR>[/tr]

T´it bonhomme... l´est pas mort (photos C. Cugny) (Editions Galilée Paris 1979)

Lumpen (avec le Théâtre de la Jacquerie) (Grasset Paris 1980)

Roman :
<TR>[/tr]

La Dernière Cartouche ( 1953)

Le Bout-Galeux (Amiot-Dumont Paris 1955)

Fleur d'épine ( 1957)

Un Homme de trop ( 1958)

Les Innocents de mars ( 1959)

Les Fous de Dieu ( 1961)

La Chatte rouge ( 1963)

Mille millions de Nippons (illustré par l'auteur) (Plon Paris 1964)

Les Rebelles, tome I : Les Rebelles (Plon Paris 1965)

Les Rebelles,tome II : La Gueuse (Plon Paris 1966)

L'Illustre Fauteuil et autres récits (Gallimard Paris 1967)

Je t'aimerai sans vergogne ( 1967)

Les Rebelles, tome III : L'Embellie (Plon Paris 1968)

Le Canon fraternité ( 1970)

Le Crève-Cévenne (Plon Paris 1972)

Les Chevaux l'aimaient ( 1972)

Le Bouc du désert ( 1975)

La Cévenne par ses gens (photos d'Alain Gas/Kikou) (Editions Arthaud Paris 1976)

La Folie des miens (Editions Gallimard 1977)

Caminarem (En collaboration avec Claude MARTI) ( 1978)

Vladimir et les Jacques (Grasset Paris 1980)

Le Lion est mort ce soir (Grasset Paris 1982)

Portes d'embarquement (Plon-Inter Paris 1983)

Les Petites Espagnes (Grasset Paris 1984)

La Fluviale (sur des photos de Bernard Lesaing) (Editions Denoël Paris 1986)

La Felouque des copains (photos de Daniel Faure) (Les Presses du Languedoc Montpellier 1987)

Les Soirs d'été ( 1992)

Le Bonheur du manchot (Robert Laffont Paris 1993)

Les Aveux du silence (Robert Laffont Paris 1995)

Les Mille et une veillées ( 1997)

La Banquise ( 1998)

Colères en Cévenne ( 2000)

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MessageSujet: Re: Jean-Pierre Chabrol, écrivain.....   Sam 24 Avr - 17:26

http://www.jeanpierrechabrol.fr/chabroliens.php

Jean Pierre Chabrol vu par ses gens : ses amis, ses contemporains.
Clerguemort, texte de Robert Caracchioli

La "crève du vieux pays"
Clerguemort
L’arbre de la liberté

La "crève du vieux pays" - Soir d’automne



C’est long de mourir. C’est insupportable, une langueur ! Y aurait de quoi se flinguer un bon coup. Surtout quand il ne s’agit pas que de sa propre mort, quand se mourir soi-même ne suffit plus, quand il faut bien, se mourant, mourir aussi son pays. Crever sa mort dans la mort de sa terre. On ne peut que rester le soir au coin de sa cheminée, quand on en a encore une, à regarder flamber les dernières bougnes des derniers mûriers. Mais il y a pire, mais il est des soirs, des nuits, l’hiver surtout, par des temps à ne pas mettre un assureur dehors, où personne ne passe, où personne ne vient s’accroupir dans l’autre coin, outre-flammes. Alors on se résout à sortir, à chercher un toit, un autre feu, un autre coin, un autre agonisant, un mourant veinard qui voit, lui guilleret, quelqu’un venir mourir avec lui dans la crève du vieux pays.

Les feuilles mortes ont un tel poids qu’elles font crier le sol. À ne plus passer sous les arbres. Les voitures ont de bons freins. La rue-route du village, l’artère unique, est une immensité de frissonnantes grisailles. À cette heure, en ce lieu, un cri d’enfant paraît déplacé, choquant même, c’est une atteinte aux bonnes mœurs.

Le vieux Socrate est couché, sans connaissance depuis quatre semaines. Son cousin Platon en est à sa troisième attaque, je l’entends gémir derrière les volets de la fenêtre à gauche de ce cadran solaire qui porte en exergue, sous les heures : « Chacune d’entre elles blesse, la dernière tue ».

Rivera Manuel Blasco Velasquez Garcia ferme ses contrevents, toussant si péniblement qu’il ne me salue que du menton. Mineur retraité depuis cet été, Rivera est silicosé à 80 %. Nous l’appelons affectueusement : « Crèvera ».

En somme, je broie du noir, tombé de ma bibliothèque attiédie dans la rue cisaillée par des bises contrariées. Maussade. C’est le temps, c’est la saison. Et puis le boulanger m’a dit que Mme Sirven était bien « fatiguée », ce qui signifie, chez nous, qu’elle est à l’article de la mort. Elle a quatre-vingt-cinq ans. Elle a inventé une sorte de métier qu’elle a exercé tout au long de sa vie.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, je la revois toujours au même endroit, toujours pareille : à l’entrée du grand tournant, quand on quitte le village en direction de la montagne. Très maigre, à peine voûtée, toute vêtue de noir, d’étranges yeux, très clairs, bordés de sang. Je ne l’ai jamais vue jeune, je ne l’ai jamais vue vieillir.

L’après-midi de ce lundi 5 novembre 1971 tire à sa fin. À l’auberge, il y a le Fossoyeur, le père Louiset, l’Aubergiste et moi. La nuit tombe. Mme Sirven se meurt, et nous parlons.

Clerguemort - Les Rebelles



Pour monter jusqu’au mas des siens, le Casquillé, Cherchemidi ne voulut pas passer par le village, naturellement. Il l’évita sans réflexion, instinctivement, par une de ces lois naturelles du savoir-vivre montagnard jamais énoncées, jamais apprises, toujours appliquées sans effort, qui demande qu’on se présente d’abord aux siens avant d’aller se présenter, comme il se doit aussi, mais en deuxième temps seulement, aux différentes familles de son village.

L’écrivain de Paris emprunta le sentier, au flanc de la rive droite. La pente était rude, le sentier muletier, taillé dans le rocher, irrégulier, caillouteux ; à l’une des vistes, l’un de ces virages abrupts au tranchant d’une arête d’où l’on a toutes les vues (les vistes) possibles, Cherchemidi fit une pause, pour reprendre souffle, pour contempler son village, à ses pieds.

Clerguemort s’allongeait sur la rive gauche de cette rivière lunatique, du jour au lendemain jaunâtre ou verdâtre, torrentueuse et puis paisible, dévastatrice ou enjôleuse, seulement asservie aux humeurs du Lozère, vieux mont farouche, souverain absolu, pesant de toute sa masse chauve sur le village, trônant là-bas, à main gauche, au bout de la verte et fraîche vallée de Clerguemort.

Le rocher en corne, au saillant de la pente, sur lequel Cherchemidi s’était assis, sur la rive droite, surplombait la farouche petite rivière d’une trentaine de mètres. Les toits étaient pour la plupart de ces lourdes pierres plates qu’on nommait lauzes en patois, quelques-uns, plus neufs, étaient en tuiles romaines déjà pâlies par les grands soleils. Vus de ce perchoir, tous les toits de Clerguemort semblaient se toucher.

Le village suivait trois lignes parallèles qui épousaient étroitement le S étiré de la rivière, sur la rive gauche ; la première ligne était une rangée de maisons dont les murs extérieurs trempaient dans l’eau, la deuxième était la rue, chemin vicinal et grand-rue tout à la fois, qu’il fallait connaître pour la deviner, d’ici, à son tracé noir qui séparait la première ligne des maisons de la deuxième, c’était une rue étroite, profonde, fraîche et sonore.

À l’entrée de Clerguemort, le vieux pont bossu, fait de gros galets ronds, avec, de part et d’autre du sommet, les deux saillies aiguës dans lesquelles on pouvait s’abriter quand se lançait au galop sur les galets de sa pente un coche ou l’attelage de la poste, le bon vieux pont jetait d’un élan l’arche unique et bien ronde sur le grand gouffre dont on ne pouvait même pas deviner le fond.

À ce bout de Clerguemort, la filature, à l’autre bout, le temple et le moulin, c’était le vrai village protestant de la Cévenne.

La filature, avec ses quatre étages, ses quatre verrières en demi-cercle, toute en longueur, massive, était, de loin, la construction la plus imposante de Clerguemort, la seule aussi qui s’élevait sur la rive droite, à l’entrée du pont, avec, bien sûr, quelques baraquettes qui servaient de dépendances et, surtout, la demeure du maître, belle bâtisse bien carrée sur trois étages, qu’on voyait d’abord car elle était la seule crépie en blanc, où filait ses derniers jours le filateur, M. Huguet qu’on appelait lù richo, ou, plus souvent, lù moussu, le monsieur.

L’arbre de la liberté - Colères en Cévenne



Quand j’étais petit, je voyais un homme embrasser un arbre. L’homme avait quatre-vingts ans. L’arbre avait soixante ans. Moi, j’avais cinq ans.

Ce vieillard était l’un de ces artisans autodidactes, féru d’idées nouvelles. Sa religion à lui, c’était la science. Il était bavard, il pouvait, pendant des heures, vous citer aussi bien la Bible que Proudhon.

Il me disait : « Mon petit, quelle chance tu as d’arriver dans un siècle où la science avance à pas de géant. Bientôt, l’homme sera tellement intelligent, tellement bon, qu’il n’y aura plus de guerre, plus d’armée, plus de frontière, plus de nation. Chacun se régalera de vivre à son aise, avec le métier qu’il aura choisi, le métier qui le passion¬nera. Chacun se cultivera, s’épanouira. L’homme sera enfin un ami pour l’homme… »

Les soirs d’été, il se rendait à pas lents vers notre petite mairie pour saluer l’arbre de le Liberté. Cet arbre avait été planté en 1871, à la chute de l’Empire, pour célébrer la République nouvelle. Le vieillard avait alors vingt ans. Il avait fait partie de ces garçons et de ces filles qui avaient dansé des rondes folles autour de l’arbuste qu’ils venaient de planter.

Mais l’arbuste était devenu un arbre magnifique. Le vieux posait sa canne contre le tronc rugueux, de ses bras maigres il enlaçait convulsi¬vement le tronc, il levait les yeux vers le feuillage magnifique, et on entendait qu’il murmurait : « Ah, ma liberta ! » et une grosse larme allait se perdre dans sa barbe blanche.

Les années ont passé, le vieux est mort, mais l’arbre, lui, a continué à croître, à prospérer. Il est devenu tellement grand, tellement robuste, que ses puissantes racines soulevaient presque la petite mairie. Alors le maire a pris peur : l’élu du peuple a donné l’ordre de scier l’arbre.

Et l’Arbre de la Liberté est tombé comme un homme, d’une masse.

Mais sa chute, un instant, a fait trembler la terre.

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MessageSujet: Re: Jean-Pierre Chabrol, écrivain.....   Sam 24 Avr - 18:59

Bel Article qui rend magnifiquement Hommage à ce Personnage trés Charismatique :

Citation :
Jean-Pierre Chabrol n’est plus. Écrivain, conteur, journaliste, comédien, il nous laisse une ouvre pétrie d’humanité à l’image de sa vie. Pierrot a perdu sa plume


Jean-Pierre Chabrol, c’était une plume, un crayon, une gueule, tignasse et barbe de pâtre, c’était une voix de rocaille, une terre aussi, la terre cévenole qui aujourd’hui l’accueille en son berceau.

Jean-Pierre Chabrol s’est éteint dans la nuit de vendredi à samedi, dans la maison familiale de Chamborigaud, où il était né le 11 juin 1925.

Dans le petit cimetière, au bout du pré qui s’étend devant le mas Chabrol, la place de Jean-Pierre était réservée, au côté de son père. Longue tradition en pays protestant où les hérétiques se voyaient refuser la terre bénie.

Un père de lignée paysanne, devenu instituteur à la force de sa main unique, et qui n’éleva qu’une seule fois la voix contre son fils unique et complice préféré.
C’était pendant l’Occupation. Jean-Pierre, qui avait déjà un joli coup de crayon avait réalisé un dessin exposé dans leur vitrine par les Jeunesses pétainistes.
Silvin Chabrol avait alors solennellement convoqué son fils pour lui déclarer : " Jean-Pierre, dans la famille on a toujours été républicain. Si tu deviens fasciste, moi, je te tue. "

Injonction fondatrice pour l’adolescent et qui ensemencera son destin d’artiste. Dans son ouvre d’écrivain, riche d’une quarantaine de romans et de livres de contes, il aborde l’histoire, les Camisards, la Commune de Paris, le Front populaire, la Résistance, la guerre d’Indochine…

Événements souvent connus par leurs " grands hommes " et que Chabrol abordait par l’émotion que provoquait chez lui les petits, les laborieux, la piétaille en somme, qu’il s’agisse des guerres qui disent leurs noms ou des autres.
Ces guerres de la ferme contre le château, contre l’âpreté d’une terre si pauvre que les paysans cévenols mettaient leur morceau de lard dans une boule percée pour le tremper dans la soupe et vite le retirer afin qu’il ne s’use pas.

La sienne de guerre, le pousse dans un maquis FTP où il rencontre " des étrangers et des ouvriers " qui lui font d’abord un peu peur, et celui qui deviendra son ami, Fernand Corbier, cévenol, syndicaliste, communiste.
Jean-Pierre Chabrol en fera le Fernand Bédel des Rebelles, série de trois romans publiés entre 1965 et 1968. Lui aussi passe de la Résistance au Parti communiste et s’engage dans le journalisme à l’Humanité et à la VO.
Dans une effervescence de bouillon de culture, Jean-Pierre Chabrol s’attache à des mondes dont il s’imbibe " comme une éponge " et que son cour explore.
Son premier livre, la Dernière Cartouche met en scène la sale guerre d’Indochine.
Dix ans d’avance sur les Américains pour dire ses copains dans les bagnes militaires, ses copines couchées sur les rails.
Son second ouvrage le Bout galeux narre la vie de jeunes ouvriers dans un quartier de Palaiseau.
Chabrol partageait les restes en hachis du rata de la veille, habitant comme eux une cité-dortoir décrite à la Zola " avec les tripes ".

Car Chabrol écrit sur ce qui lui vient du ventre, famille de filiation et filiations choisies, pléthore des compagnons : résistants d’Un Homme de trop, communards du Canon fraternité, camarades militants de la Folie des miens, mineurs des Rebelles, pauvres des HLM dans Vladimir et les Jacques, camisards des Fous de Dieu…
Des humbles, Chabrol ennoblit langage et mours, révoltes et défaites, façons de dire et de faire, par la sincérité de son écriture, la fraternité de ses accents.
Chez lui, la rusticité n’est pas pose, mais hommage aux amours profondes comme celle qui le lie au Gard, à ses Cévennes, décor de nombre de ses livres par hasard de naissance.

Il prélève pour mieux les observer des flacons d’eau-de-vie puisée à la Gravas, la rivière qui file en bas de ses murs, et en extrait l’universel des combats humains.

Comme ses ancêtres parpaillots, ainsi baptisés d’un nom de papillon parce qu’en s’enfuyant devant les dragons du Roi, ils ébattaient les ailes noires de leurs habits, Jean-Pierre Chabrol s’est envolé souvent, lui que l’on imagine plus volontiers les sabots enracinés comme des arbres.

Journaliste, il s’immerge au cour des " bandes de Belleville ", des grèves ouvrières, vole au pays des " mille millions de Nippons ", navigue sur les chalutiers des pêcheurs bretons.

En homme qui n’hésite jamais à mordre le trait, il croque des caricatures, griffe des dessins de presse.

Il s’éloigne dix ans de l’écriture et à soixante ans, monte sur les planches.
Il se ragaillardit sur scène des pertes de sa femme, de son père, de celles de ses amis les plus chers, Brassens, Lanoux, Sigaud.
Là, il brise les écrans des livres et des contes radiophoniques, se frotte en direct à cette humanité qui est le sujet constant et central de ses travaux.
Du Parti communiste aussi il s’était éloigné en 1956, sur la pointe des pieds, sans jamais rompre. Il avait de même infligé à son père dix ans de séparation.

C’est par lui qu’il revient à l’écriture, en 1994 avec le Bonheur du manchot, bonheur de son père à qui, sans que le fils n’en connaisse jamais la raison, manquait la main droite.
Un père auquel, au fil du temps et de retour dans la maison de famille édifiée en 1321, il se sentait de plus en plus ressembler.

À ce point, apparaît à l’écrivain la nécessité de partir enfin en quête de sa propre vérité, en reconstruisant les fondations d’une enfance dont il se dit " inguérissable ".

Ensuite viendront notamment les Aveux du silence, les Mille et Une veillées et la banquise, roman adapté pour la télévision par sa fille Elsa.

Conteur, journaliste, comédien, écrivain, Jean-Pierre Chabrol se montrait toujours d’une générosité sans faille, jusque dans ses colères et ses désespoirs, comme celui de voir ses chères Cévennes désertés par une jeunesse qui ne trouve plus à s’y employer.

Écrivain cévenol ? Râleur, il s’emportait : " Écrivain cévenol ! Qu’est-ce que ça veut dire, écrivain cévenol ? D’abord notez que beaucoup de mes livres n’ont pas les Cévennes pour cadre : le Canon se passe à Paris, le Bout galeux dans la banlieue parisienne, les Innocents de mars en Allemagne, Fleur d’épine en Corse.
Et la plupart de mes livres qui se déroulent dans les Cévennes ont été écrits ailleurs.
Le sujet d’un romancier, c’est la vie. " La vie, il la disait " trop courte ", les gens " pas assez heureux ". Aujourd’hui en tout cas, tout nous semble dépeuplé.

DOMINIQUE WIDEMANN.

http://www.humanite.fr/2001-12-03_Cultures_-Jean-Pierre-Chabrol-n-est-plus-Ecrivain-conteur-journaliste

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